L'INTEMOIGNABLE EUTOPIE ( Seuil-s / 1 partie) par Eva Rachele Grassi

Publié le par eva rachele grassi

L'INTEMOIGNABLE* EUTOPIE*...
(di-vag-ations sur une aventure de bénévolat)

  Eva Rachele Grassi  

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*Giorgio Agamben ,"Ce qui reste d'Auschwitz"
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"Le mot "utopie" fut conçu, comme on le sait, à l'époque de la Renaissance , par le philosophe et étatiste Thomas More pour désigner une île imaginaire, protagoniste de son livre homonyme . Cette île était une sorte de paradis terrestre , une société parfaite (néanmoins selon l'idéal de perfection de l'auteur) dans laquelle les hommes vivaient dans la justice et dans l'harmonie. Par contre, est un peu moins connu le fait que , dans les intentions de More, le nom "Utopie" avait une signification double :1) "le lieu qui n'existe pas" ( du grec "ou-topos", où "topos" signifie "lieu" et "ou" correspond à l'alfa privatif latin ); 2) la deuxième signification est: "le bon lieu" ( de "eu-topos", où "eu" signifie justement "bon" ). More choisit ensuite "utopie" et non pas "eutopie" , probablement parce que souhaiter trop explicitement un monde meilleur pouvait être considéré comme une critique du régime en vigueur"...?!?!?!
(notes de couverture)

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C'est l'heure, vois-tu, de supporter ensemble Pièces et morceaux comme si c'était le Tout... ..."
"Sonnets à Orphée, Première partie, sonnet XVI"
Rainer Maria Rilke

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A' Carmen Farina Senatore, ma "belle"- maman...

A' Italo Senatore, mon "beau"- papa...

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A' Elisabetta Abate Peluso,

source interminable d'amour...

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A' Luigi Ferrando, mon oncle,

 ...mon Guide ...

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A' Gianna Pizzi,

inoubliable interprète de vie...

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 A' Stella Libertino... qui a re-conquis le vent inconnu des étoiles...

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A' Madeleine, Yolanda, Giuditta, Yvonne, Fernande, Louisette, Tito, Yves, Odette, Marie, Adolphe, Marguerite, Félicité, Lucie, Lydie, Roger, François, Annie, Albertine, Valentine, ...

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" ...Et quelle beauté mélancolique dans les femmes, lors qu'elles étaient gravides et se tenaient debout , et dans leur gros ventre, sur lequel gisaient d'instinct les mains fluettes, il y avait deux fruits: un enfant et la mort. Leur sourire dense et presque nourrissant dans le visage vidé ne jaillissait-il pas peut-être de l'intuition fortuite, que les deux fruits grandissaient ensemble?..."

«Les Cahiers de Malte Laurids Brigge» Rainer Maria Rilke

 

 

...SEUIL(s)...


...durer , se réveiller, s'agiter, dessécher, s'irriter, se détacher ...

Quand on est face à la vieillesse on est devant l'(a)perception du mystère de la vie.

Les plis du visage nous décrivent les figures, les actions qu'on traverse ou qu'on subit dans les années de l'usure ...

Un devenir d'images capricieuses et complémentaires , qui ébrèche ... À cause du flux d'idées, d'échantillons , d'associations ...

Ces textures grises esquintées, peuvent donner l'impression de se trouver devant un ensemble quasi éclaté resserré de ruines ... et pourtant ... pour éloigner ce sentiment si déroutant , il faut y accoster, et s'y promener ...

L'âme en écoute ... le charme de l'inachevé qui peut s'en échapper ...

On s'approche et on re-connaît dans ces traits, qui ont égaré leur attrayante splendeur et une partie de la puissance de leur moule , le sourire énigmatique du Temps... qui même dans l'impitoyable transformation de l'apparence, révèle les échos d'invisibles baumes bienfaisants ...

...Et, comme depuis une nuit débordante de rêves annonciateurs , dont IL FAUT se souvenir et qu'ON DOIT interroger , une exigence/astreinte à livrer cet "intémoignable" , m'a été instillée...

Commencer alors , en messagère du déchirement , de la solitude et de la mélancolie, furtifs et discrets, à débuter des gestes , des faits, des paroles, des idées, des discours, qui ont habité cette aspiration ... dans un espace , d'écriture aussi, qui s'élargit alors qu'une vie s'y engage ...

Une écriture d'effraction, sur le seuil du "reste"; qui reste, parce qu'il est de tous les cotés , qui reste parce qu'il résiste, qui reste, parce que , même voilé ou stagnant, RESTE toujours à inventer...

Car ...toutes les frontières sont ici en question... et le point de mire avance en compagnie du voyageur…

"Tout homme a pour tâche de rendre sa vie, jusqu'en ses détails, digne de la contemplation de son heure la plus élevée et la plus sévère"... (1)

 

Mais... et ceux qui sont condamnés à une existence qui n'est pas la leur et à une vie qui n'est pas la vie? Dans l'inattention, ou dans la distraction de l'atteinte de la mort même... en danger de mourir comme par mégarde ... Ou incapables, aussi bien de mourir que de vivre : jamais sauvés, jamais désespérés ; sans jamais avoir droit au repos; sans autre exigence que celle qui ne demande rien, qui se laisse toujours exclure...

Ne vivant que pour la fatigue de jours faits de solitude, vide , abandon, isolement et ..désengagement... ; en attendant, tout en l'oubliant , une rencontre toujours à venir... comme s'il y avait toujours un peu moins dans la réponse que dans la question ... Étranges à eux-mêmes... Dans un état quasi hypnotique , qui respire un enchantement aux légers soupirs de démission ...

Dès la naissance on est voué à la mort...

Or, si on ne réfléchit pas au mourir, si on n'a pas une pensée , quelle qu'elle soit, sur l'au-delà du mourir, peut-être ne pourra-t-on pas non plus envisager un projet de vie Commune... Pour épargner à la Fable ... une mauvaise Histoire ... et à l'existence un goût amer de farce...

On a besoin de donner de l'amour à la vieillesse et de savoir manifester l'âme sans ironie ou embarras ... Reconnaître que le Pouvoir plus grand est celui de l'intelligence, de l'affectivité, de l'amitié ... donc du Plaisir, cette force à la racine de l'âme, qui est la plus grande compétence qui fait bouger l'univers ... celle du "prendre soin" ... de l'autre comme de soi même...  

 

Les navigants/soignants des grands complexes , en fin de compte assez sombres... aux énormes chambres où des êtres "révoqués" , jadis raréfiés par le temps, semblent presque disparaître... pareillement s'égarent, distants, étrangers, fugitifs ...dans les couloirs labyrinthiques, comme pour accomplir un parcours sinueux, significatif, symbolique les amenant à la compréhension de la contradiction de la clôture ,impossible et insupportable ,qui aussi les enferme...

Eux également ... ombres entre les ombres...

Dans la mortification hautement pénible de l'ennuyeuse répétition de ce qu'on croit avoir déjà vécu en entier ,et qu'on croit connaître déjà à fond ... au milieu d'atmosphères psychiques tumultueuses, de vengeances non assouvies, de colères non soulagées, aux interstices qui vibrent des mots extirpés aux délires de la dernière heure ...

Dans ce vertige , arriver à la capacité sublime d'aimer et de concilier, là où,en général, on s'est mutuellement offensé et attaqué ...

Le respect - re-specter ... faire attention, regarder encore ...ce qui nous entoure... ce qu'on connaît déjà... s'en occuper comme il nous le demande, selon ses nécessités ...en usant de sensibilité esthétique... et conscience de précision...

C'est ça la "therapeia", prendre soin, être au service; pour guérir ... être inoffensif et améliorer...

La main qui attrape, tyrannise, agrippe ne se transformera peut-être jamais en main qui caresse et bénit...

Mais, peut-être aussi que la main cachée de l'amour arrive à faire changer les choses de l'intérieur, imperceptiblement, invisiblement ...

Une pensée subtile dans un agir simple et essentiel... à la fois pulsionnel, social et sacral : alchimie , relais et con-fluence de différentes forces ..

On sait qu'il n'y a pas de formule: tout peut commencer d'on ne sait où, de partout , par différents bouts; il faut que plusieurs commencements s'opèrent ensemble, se synchronisent, sollicitent des synergies , fassent tourbillon ... et une nouvelle douceur, une nouvelle écoute de l'autre dans sa différence et sa singularité verront alors, le jour...

Dès lors, en tenant compte de la totalité-en-acte du déroulement de sa propre vie, s'apercevoir ainsi que tout est relation et que "tout est langage" ...

Un langage qui est mouvement et échange, et qui suggère, anime, réveille une sorte de mémoire universelle du lien de communication entre toutes les choses... Parce qu'on se mesure toujours avec les mots, avec les idées et les sentiments inconscients qu'ils expriment ... et qui feront écho sur nos agissements d'une manière nouvelle et imprévue...

En fait, lorsqu'elles sont privées du sens des mots, nos expressions émotives deviennent primitives, physiques et grossières .

Les Chinois affirment ,depuis des siècles, qu'on fait recours à la violence physique, parce que les mots ont failli ...

Ce qui entrave la communication, donc la relation, c'est la communicabilité même; on peut dire que les hommes sont séparés par ce qui les unit...

Donc, ré-apprendre à penser les idées qui sont derrière les mots... en commençant à les soigner, elles aussi, en dévoilant leur puissance ...

Reconnaître, redécouvrir, révéler un langage qui puisse harmoniser des formes cognitives anciennes , nouvelles et à venir .. et qui sache concilier l'horreur à la douceur ...

Ce qui signifie, aller à la rencontre des erreurs de notre culture, et vers la douleur enfermée dans sa mémoire; ouvrir une possibilité de rançon à une vieillesse vécue comme rien d'autre qu'une pure déchéance ... et à l'humanité par-dessus tout....

... Et considérer le déclin et la contraction qui accompagnent le crépuscule comme une valeur additionnelle, non pas comme une perte littérale...

Le déficit de mémoire et les chutes de l'attention , cette vague étourderie dans les mouvements, cet affaiblissement dans les réponses émotives et cet appauvrissement du langage, pourraient être autre chose que ce qui parait ...

Parce que, peut-être, on a besoin , à un certain moment , de faire de l'espace... on a besoin d'une pause dans l'attente d'une musique différente ... on a besoin de se débarrasser de l' habituel pour accueillir ce qui habituel n'est pas... 

L'absence précède la présence , ou mieux encore, est la première forme de présence...

On peut imaginer ces événements comme des élargissements qui se dérobent aux schémas usuels pour pénétrer dans des espaces inexplorés: une expérimentation en cours... une pensée de la mutation...

Alors , avant même que la possibilité de l'impossible arrive, en finir avec une mort qui n'est pas que finir ... se dé-livrer des prisons qu'on cache en soi même; transformer leurs clôtures en temple précieux d'une conscience plastique et alerte ....

Et depuis un espace de non jugement, afin de ne plus accumuler des conditionnements ...en un mouvement d'approfondissement et de retour... dans un état dernier /d'origine , rester à l'écoute de la dimension d'imprévu, de la dimension de surgissement ... Les pensées toujours chargées de questions... pour essayer d'"intercepter" l'insaisissable; "entrer en relation"...  

 

En suivant la têtue , infatigable leçon des fables ,celle d'une victoire sur la loi de nécessité, le passage constant à un nouvel ordre de relations...

Et rien d'autre, parce qu’il n'y a vraiment rien de plus à apprendre sur cette terre...
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...Rentrer donc avec abandon dans la fable ; se confier à sa trame qui contient tous les événements, qui en dépasse en même temps le signifié ....

Car dans son labyrinthe de formules, nombres, rituels, le FOU qui s'y déplace avec précision extatique, et raisonne à l'inverse, renverse les masques, discerne dans le dessein le fil secret , dans la mélodie l'inexplicable jeu des échos ... GAGNE ..

Du simple fait qu'il croit, comme le poète, à la parole ... et avec elle crée ... distille ... prodiges concrets avec ce qui en lui persiste d'un "instinct du ciel"... (2)

 

(1) Thoreau

(2)Mallarmé

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Publié dans eutopiescyberdada

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radar automatique 07/03/2006 04:12

Pas mal le blog :)


Peur de perdre des points ? Peur de l'amende ?

Visitez donc radar automatique



@ tres bientot ! Sur radar automatique

No-id 18/11/2005 03:28

Héhé cool :)

Article comme blog pas mal

forum de discussion

@ tres bientot !