L'INTEMOIGNABLE EUTOPIE ( Absence-s / 5 partie) par Eva Rachele Grassi

Publié le par eva rachele grassi

"La surestimation de la raison a ceci de commun avec le pouvoir d'État: sous sa domination, l'individu dépérit."
                                                  Carl Gustav Jung

ABSENCE(s)


En vue de ce peuple qui 'manque' encore ... continuer dans l'esprit d'aventure de l'âme , faire déborder l'entier, la profusion de plénitude ; respirer son excès d'inconnu et d'inconnues .

Répondre à l'appel ... dé-tisser l'oubli de l'être... Au lieu d'oeuvrer au rétrécissement, aux constrictions ...

Même si on "sait", et on le sait depuis longtemps, que les défaites de la partie la plus ambitieuse des aspirations humaines se répètent de manière cyclique...

Même si on a du mal à comprendre pourquoi certaines choses conquises dans l'expérience commune, à la recherche convaincue de buts extraordinaires et difficiles puissent être réversibles; même si on a de la peine à supposer que certains points de conscience atteints en incandescence soient révocables... même si c'est inconcevable qu'on fasse marche arrière et qu'on puisse éteindre le sentiment que l'homme soit Dieu à l'homme.

Et se dire donc que , peut-être, au cours de l'histoire , on ne s'est jamais vraiment efforcé de manière universelle à comprendre l'essence de l'"affectus" du "bonum commun", auquel plus il y a d'hommes qui y participent, plus il y en a pour tous, comme aurait pu dire Spinoza.

Et s'évertuer alors à pénétrer le rapport entre amour et connaissance , de soi et de l'autre... En s'inscrivant dans une pratique et se mettant à l'épreuve du réel... Mais , sur une voie de démesure, élargissant nos visions humaines vers une passion et un horizon cosmologiques...

Pour re-trouver un autre niveau de l'existence , le Commun, comme expérimentation qui nous regarde, tous ! Pour renouer avec un bonheur , qui soit harmonie, coïncidence avec l'être, dépassement des pulsions immédiates, des calculs... ...Quand on se sent ré-uni à un ensemble, à un tout... Dans l'organisation de choix infinitésimaux greffés en résistances moléculaires dans l'étoffe très serrée du quotidien des sans-voix; où on peut choisir la commodité, la stase , le mimétisme, finissant par construire une vie de déserteur, ou embrasser la connaissance, la résistance, le devenir .. pour une auto-structuration et une auto-valorisation du temps ...

Ce que Jack London appelait le Sud de l'existence, ce pôle où l'expérience coïncide avec son récit, l'écoulement d'une présence commune, qui ne sait se dire autrement...

Mais il y a des comportements, des manières d'être et des usages de relations sociales qui nuisent à la vie car ils lissent la multiplicité et masquent l'unicité dans la dépersonnalisation, ne tenant pas compte des lois de l'unicité, des particularités et des individualités ; qui augmentent les contraintes, créant des tensions accumulées.

C'est pour ça, encore une fois, que le bénévole,comme le poète, tente avant tout de re-conquérir le cri de révolte face à la nécessité et face à toute aliénation de la condition humaine...

Et à ce moment-là, le simple fait de se rencontrer les uns les autres devient en soi une action contre les forces qui nous oppriment par l'isolement, la solitude, la transe des médias ... La convivialité que le bénévole essaie d'apporter (dans notre cas) en maison de retraite régénère de la sorte l'expansivité de la générosité, qui lutte pour devenir le coeur d'une nouvelle société, évoluant à l'intérieur de la carapace corrompue de la vieille... Et réactive un investissement qui l'aide et aide à dessiller les yeux devant la douleur de tout un peuple dont on a défiguré la parole, devant la réalité rugueuse d'un absurde rationnellement installé dans le quotidien...

Un quotidien,redoutable, et qui manque de précipiter dans ses artifices tout le monde : aîné, travailleur social, bénévole ; lesquels, parfois marqués profondément par la faiblesse des ressources symboliques de notre culture , risquent de réagir aux événements et aux situations, de façon plus ou moins adaptée, c'est-à-dire par conditionnement,sans qu'il y ait le concours de la pensée réfléchie et explicite.

Dans une mortification de la demande constitutive de la conscience , qui la condamne à rester clandestine dans la relation sociale , avec les dangers connectés à la régression émotionnelle qu'on constate chaque fois qu'elle est contrainte de devenir un état d'âme muet...

Heureusement cet habitus peut être renversé si un individu réalise ou subit une transmutation de son univers symbolique… …Il s'aperçoit alors que les effets de cet essor de conception se ramifient dans l'ensemble de son espace jusque dans ses gestes de tous les jours... unifiant culture professionnelle et culture du quotidien , le travail et la vie; se déployant du désinvestissement à l'enrichissement de soi-même...

Même si cela suppose que les travailleurs recouvrent la maîtrise des conditions, des outils et des buts de leur travail commun ; une nouvelle culture où les activités productrices cessent d'être des obligations extérieures pour retrouver leur autonomie, leur diversité, leur rythme et se convertir en joie, communication, c'est à dire en art de vivre... pour devenir une tâche et une vertu partout présentes, réglant en permanence la vie individuelle et collective.

Cependant, pour l'instant, l'intérêt qu'on porte à la personne âgée n'a pas comme but celui de la ramener à l'intérieur de la dynamique sociale ou de l'accompagner dans l'accomplissement du soi (ce qui serait déjà trop beau), mais de la neutraliser avec une panoplie de conforts (dans le meilleur des cas) ...

Quand , en revanche, au-dehors de la possibilité de contrôle de la technique médicale. l'essentiel serait la com-passion et tout mettre en oeuvre pour en favoriser l'éclosion ... donner un sens à la maladie et à l'usure du temps, pour toutes les significations subjectives et spirituelles qu'elles possèdent

Miguel Torga chirurgien et poète portugais avertit : "Je trouve que l'homme est une énigme sacrée. Quand il est malade, elle est plus sacrée encore. En tant que médecin, je suis confronté à l'homme dans le moment le plus significatif de sa vie. Cela touche presque à la poésie, parce que la poésie est un absolu et que la maladie et surtout la mort sont aussi des absolus. »

Malheureusement , cette demande du cœur, même si elle est la condition première pour que toute existence trouve sa justification... ne trouve pas de réponse dans l' échange émotionnel avec le monde … Car… une certaine science, ...persiste..., incapable de réaliser un savoir efficient sans supprimer la vision du monde propre à la conscience individuelle; laquelle, dans le seul secret, peut continuer de se poser la question la plus ancienne sur le sens de toutes les choses...

De ce fait toute la structuration de notre civilisation donne l'impression de nier à l'ancien tout futur ; jusqu'à laisser entendre que s'occuper professionnellement du troisième âge soit à considérer un travail "de pure perte"... Car la majorité des idées qui se rapportent au service , ont été dérivées des représentations concernant la production.

Mais il faut justement , pour penser le service d'une manière adéquate, le libérer du paradigme de la productivité.

Selon cette logique notre société continue de favoriser l'existence d'une force travail sous-payée, non respectée, chargée de ressentiment et récalcitrante , qui n'attend que le moment propice pour se délivrer de la dégradation contenue dans l'idée même de son travail. Tout cela procure une exécution aride, privée de fantaisie , au pouvoir d'imagination limité.

Et alors ... contre le service comme servitude , la nécessité dans la vie de chacun de re-conquérir imposante, l'émergence de l'autre, à ne pas entendre, pourtant , comme purement extérieur à ma personne, mais comme présence qui me constitue... Et qui m'accomplit...

Pour pouvoir dire je, on doit pouvoir dire tu ...

En fait chacun d'entre nous vient à la vie, inexorablement , dans un réseau de relations qui lui précèdent et , de la même manière chacun va à la rencontre de la mort, toujours marqué par un réseau de relations, également impossibles à dominer...

L'autre s'impose au je, à partir du fait que ni naissance ni mort, sont à la disposition absolue de l'individu. Dia-loguer, est une condition inhérente à l'accomplissement et à la réalisation de la liberté.

... Pour une idée de service à l'Autre ... en attention constante...

Qui sera sentie comme humiliation et servitude seulement si on s'identifie avec un ego hautain et autoritaire..

Et là encore, des charges considérées comme devoirs ou punitions; nettoyer, réparer, recycler, prendre soin, assister, enseigner, accueillir, répondre, mettre en ordre, conserver, tranquilliser, nourrir, guider, deviendront les modèles pour une idée de service thérapeutique et esthétique..."créatif et poétique", comme dirait Proudhon...

Dans le refus de l'irréversible et de l'insupportable ...

Où on se situe au niveau de l'écoute ...

Mais pour découvrir ce qui nous est étranger, il faut d'abord que l'on découvre en soi-même ce qui est étranger...

Et cela présage une ouverture par rapport à nos habitudes mentales et affectives, et une avancée en ce qui concerne le sens de la vie et le rôle que nous avons à y jouer...

Sur une voie de connaissance de l'être humain qui intègre à la fois les dimensions spirituelle, émotionnelle, corporelle, cognitive et créatrice, où finalement coïncident travail professionnel et travail intérieur... à quelque niveau que ce soit.

"Un grand voyage commence par un premier pas", rappelle la tradition taoïste ; alors, faisons ce premier pas ...

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Publié dans eutopiescyberdada

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