PRELUDE(s) par Laurent Monges-Chevalier

Publié le par laurent chevalier

PRÉLUDE(s)

 par Laurent Monges-Chevalier

 

 

 Les bénévoles ne sont pas des canards sauvages

 

« Je pense qu’à notre époque l’homme ne ressent plus qu’il fait partie du monde, il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère. »

Albert Hofmann

 

Les mots ont des sens et des valeurs. Et si le sens commun du mot « bénévolat » est globalement connu de tous (quoiqu’il recouvre des réalités inassimilables les unes aux autres : quel lien existe-t-il entre le pompier bénévole et l’enseignant lui aussi bénévole, ou encore : qu’y a-t-il de commun entre des structures caritatives existantes : l’armée du Salut et les Restos du cœur, pour ne donner qu’un seul exemple ?) sa situation dans le champ social et politique, les considérations morales auxquelles il invite, méritaient quelques éclaircissements.

Admettons, pour reprendre l’expression de Robbe-Grillet à propos du «nouveau roman » que le bénévolat (comme l’écriture dans le manifeste de 1960) relèvent d’un « pour rien ». Ni bienveillance, ni bienfaisance, il est - c’est son étymologie - un bon vouloir (sinon, pour paraphraser Nietzsche, un gai vouloir) qui n’est pas seulement - ce en quoi la contribution d’E.R. Grassi innove - l’activité de celui qu’on dit bénévole, mais aussi de celui ou celle qui accepte l‘activité du premier. « Oui, merci, je veux bien » pourraient dire l’un et l’autre, ce que E.R.G. appelle « ouverture à soi et ouverture à l’autre ».

Expression de ma liberté (celle du bénévole comme de celui ou celle à laquelle il s’adresse), le bénévolat - et nous sommes ici dans une autre topique - est pour reprendre l’énoncé sartrien (celui de « L’Etre et le néant) un « pour soi (la conscience) comme néantisation de l’en soi (l’être plein, massif) » c’est-à-dire comme liberté, conscience attentive, « une éthique qui prend ses responsabilités en face d’une réalisation humaine en situation. »

Loin de se contenter de rendre compte d’une pratique en cours, E.R.G. , quoiqu’elle ne renonce pas à décrire l’itinéraire savoureux et pathétique de Mme M. dans une maison de retraite, n’hésitant pas à piquer les aberrations administratives comme l’extrême laxisme (volontaire ou involontaire) de ceux que l’Etat délègue, hisse (ce n’est pas du moralisme bon marché), avec une inquiétude sereine, le débat là où il devait être placé, ce que nous appellerons ici un échange diacritique, chacun (les uns enfantant les autres), bénévole, personne en réception, observateur attentif, chaque « être-un » c’est-à-dire en conformité avec lui-même, étant invité à manifester sa différence, sa singularité.                           

Publié dans eutopiescyberdada

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patrick hubert 13/03/2007 16:52

Simple citoyen, ne se sentant pas obligé ou contraint à quoi que se soit. Mon existence est naturellement communautaire et je participe.